La liberté, ce grand machin qu’on brandit comme un slip troué sur un fil à linge, reste une notion tellement floue qu’on pourrait y perdre un troupeau de technocrates sans qu’ils s’en rendent compte.
C’est peut‑être pour ça que j’ai envie d’en parler librement, comme un ivrogne qui hurle ses vérités au comptoir avant de s’écrouler dans les cacahuètes. Le mot « liberté » est tellement usé qu’il ressemble à une savonnette dans une prison : tout le monde veut s’en servir, personne ne l’attrape vraiment.Et évidemment, dès qu’on ouvre la bouche, il y a toujours un petit soldat du système, flic, fonctionnaire, voisin, ou simple abruti diplômé, pour voir dans la moindre phrase un complot contre l’ordre établi. On vit dans un pays où réfléchir est déjà suspect, où penser par soi-même équivaut à fabriquer une bombe artisanale avec trois idées et un vieux dictionnaire. Que personne ne vienne me coller une étiquette parce que j’ose dire ce que je pense : j’ai déjà assez de mal à supporter celles de mes vêtements.
La liberté d’expression, parlons-en : elle existe surtout pour ceux qui répètent la pensée unique comme des perroquets sous Prozac. Si tu dévies un peu, hop, tu deviens « terroriste », « complotiste », « dangereux », « pas gentil ». Les mots à la mode, inventés par des cerveaux en RTT, pour faire taire ceux qui ont encore un neurone en état de marche. Et puis il y a les philosophes de comptoir qui te sortent : « La liberté s’arrête là où commence celle des autres ». Celui qui a inventé cette phrase devrait être condamné à écouter BFM TV en boucle jusqu’à ce que son cerveau fonde comme un camembert oublié au soleil.
Aujourd’hui, la liberté, c’est penser comme tout le monde, sinon tu deviens raciste, antisémite, misogyne, misanthrope, miso‑soupe, bref : un monstre bon à brûler sur la place publique. On a remplacé la chasse aux sorcières par la chasse aux opinions. Et ça marche : la matrice a bien bossé, elle a formaté les esprits comme des disques durs de 1998.
Les partis d’opposition ? Des clowns pour amuser la galerie, faire semblant de gueuler sur les plateaux télé, puis disparaître dès qu’une vraie guerre éclate. La liberté de pensée, oui, mais seulement si tu la gardes pour toi, comme une maladie honteuse. Tu peux écrire sur un blog, mais le jour où un lecteur vexé te dénonce à la police de la pensée, tu verras débarquer l’armée prétorienne du roitelet national, celui qui gouverne le pays comme on tient un poulailler : en criant fort et en tapant sur les murs.
Les communes, parlons-en : des mini-dictatures locales qui se sont regroupées en « communautés » pour mieux te ponctionner. Le maire te dit qu’il n’a pas augmenté les taxes, mais il a juste refilé le bébé à la communauté de communes, qui te vide les poches avec le sourire.
Alors où est la liberté quand tout est décidé sans toi ? Quand on te demande ton avis uniquement pour valider ce qui est déjà signé, tamponné, enterré ? Quand on te colle un PV parce que tu as osé dire dans la rue que le système pue des pieds ? Le flic n’a pas d’argument, alors il sort la carte magique : « outrage à agent ». C’est pratique, ça évite de réfléchir. J’en ris jaune, comme un vieux pastis oublié dans un cendrier.
La dictature moderne n’a plus besoin de chars : elle se déguise en République, avec drapeau tricolore qu’on ressort uniquement pour les matchs de foot. Le reste du temps, on le range pour ne pas froisser Bruxelles, qui pond des règlements comme une poule hystérique pond des œufs. Les fonctionnaires européens, ne sachant pas quoi faire de leurs journées, inventent des normes toutes les dix minutes, et les pays transforment ça en lois en disant : « C’est nous ! ». Souveraineté ? Perdue depuis Maastricht. Merci Tonton.
On vit dans une illusion de liberté : dès qu’elle parle trop fort, on lui met un bâillon. Les puissants, eux, peuvent dire ce qu’ils veulent, et nous devons répéter après eux comme des élèves punis. Sur les frontons des bâtiments publics, on devrait remplacer « Liberté, Égalité, Fraternité » par « Totalitarisme, Soumission, Ferme ta gueule ».
Et maintenant, après mon petit sermon, j’attends de voir qui me dénoncera pour subversion, complotisme ou « apologie de je-ne-sais-quoi ». Merci Flamby et sa troupe de comiques, qui ont transformé la politique en sketch permanent.
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