Patrimoine à vendre ? L'Abbaye du Mont-Saint-Michel privatisée pour un mariage chinois.

 Pour la première fois depuis mille ans, un mariage a été célébré à l’abbaye du Mont Saint Michel. Mille ans, c’est long, ça laisse le temps aux pierres de se dire qu’elles sont tranquilles. 


Et puis un jour, paf, un couple de milliardaires débarque et décide que ce serait rigolo de transformer un monument national en salle des fêtes de luxe. Pendant que le peuple se marie dans des églises qui sentent la cire froide et le vieux missel, les nantis, eux, s’offrent des monuments historiques comme d’autres louent une salle polyvalente. 

Dernier épisode de la grande série France, ton patrimoine se loue au plus offrant. Un mannequin et son mari, un patron blindé comme un coffre-fort suisse, ont décidé de venir se dire oui chez nous. Et pas dans n’importe quel coin. Non, Ming Xi et Mario Ho ont choisi l’abbaye du Mont Saint Michel. Tant qu’à faire, autant privatiser un symbole national, ça fait de belles photos pour Instagram.

Évidemment, certains ont crié au scandale, au sacrilège, au blasphème, en voyant la mariée poser ses talons sur un lieu chargé d’histoire. La demoiselle aurait confié à un magazine du genre Madame Truc qu’il n’y avait pas eu de mariage ici depuis mille ans. On imagine le curé local, les yeux brillants, au moment où il a vu le chèque. Un chèque avec tellement de zéros que sa soutane a dû frémir comme un rideau de douche dans un courant d’air. Le crucifix derrière lui a dû changer de couleur, un peu comme s’il avait honte de participer à une transaction immobilière déguisée en sacrement.

Mais peu importe les zéros du chèque de ces touristes de luxe venus du soleil levant. Ce qui est clair, c’est que si eux ont le droit de se marier dans un monument national et que nous, pauvres clampins de seconde zone, on ne peut même pas y pique‑niquer sans se faire virer, c’est parce qu’ils ont le pouvoir financier et que nous, pas.

Après vérification, car il faut éviter de dire des conneries, l’abbaye appartient bien à l’État. Donc oui, une transaction a dû avoir lieu entre le ministère de la Culture et les fonds baptismaux. Et cet argent ne servira évidemment pas à restaurer quoi que ce soit, mais à renflouer la dette française. Accrochez‑vous à vos moumoutes, la dette est de 3 612 981 659 475 euros. Rien que de lire ce chiffre, on a l’impression de se découvrir un deuxième trou du cul.

Pour ceux qui ont séché les cours de maths, cela fait environ trois mille six cent treize milliards d’euros. Espérons que nos amis chinois aient renfloué au moins un tiers, mais j’en doute. À part le FMI, personne ne pourra jamais combler ce gouffre intersidéral, tellement dilaté qu’on se demande si ce n’est pas un trou noir galactique.

Revenons à nos mariés, que l’on remercie, ou pas, pour leur participation au remboursement de la dette nationale. On leur a ouvert l’abbaye pour ce mariage fastueux, grotesque, princier, presque sponsorisé par Disney. La mariée n’était pas en reste, elle a dépensé sans compter pour une robe Christian Dior haute couture, probablement plus chère que le budget annuel de trois communes rurales. Un chèque pour entrer dans un monument touristique, un chèque pour la robe. L’histoire ne dit pas s’ils ont dormi à l’Élysée chez les Macron, au château de Versailles dans le lit du Roi Soleil, ou dans l’hôtel le plus cher de Paris, le Royal Monceau, où la nuit coûte vingt‑cinq mille euros. Juste pour dormir, pas pour rêver.

Voilà un mariage splendide, somptueux, indécent, un mariage qui méritait qu’on s’y arrête, ne serait‑ce que pour rire jaune. Jaune comme les pages d’un vieil annuaire oublié dans un commissariat, ou comme ces pièces jaunes qu’on imagine glissées dans un cercueil pour payer le péage du grand voyage. On dirait presque que quelqu’un là‑haut prépare un remariage cosmique, un truc improbable où les morts se relèvent pour aller signer un contrat de mariage avec le premier hurluberlu venu, histoire de privatiser le paradis, ou l’enfer, selon les disponibilités et le calendrier des réservations.

Dans ce grand cirque céleste, on imagine déjà les anges en train de vérifier les billets, les démons qui comptent la monnaie, et les saints qui râlent parce que tout ce bazar n’était pas prévu dans le règlement intérieur. Bref, un joyeux foutoir métaphysique, parfaitement dans l’esprit de ce mariage somptueux qui ferait même rigoler un squelette.

 

Pour ceux qui pense que c'est une farce voici l'article qui m'a inspiré : Madame Figaro 

 

Commentaires