Baie de la Slack: Alerte Déchets

La Baie de la Slack, c’est ce coin de côte où la mer essaie encore de faire semblant d’être belle pendant que l’humanité, elle, s’applique à la transformer en arrière‑cour de casse‑croûte. On marche sur les galets, on respire l’air marin, et soudain on tombe sur ce tas d’immondices, ce vomi collectif, cette nature morte sans nature et très vivante en mort. On dirait que la mer a décidé de rendre ses déchets comme on rend un plat mal digéré, en disant tenez, c’est à vous, j’en veux plus, débrouillez‑vous avec votre génie.

Parce que l’humain, ce grand artiste du foutoir, adore laisser des traces. Il marque son territoire comme un chien, sauf que le chien, lui, se contente d’un pipi. L’homme, lui, laisse des filets, des cordages, des plastiques, des objets non identifiés qui semblent sortis d’un vide‑grenier organisé par des naufragés alcooliques. Et quand on demande qui a fait ça, tout le monde regarde ailleurs. Ce n’est jamais la faute de personne. C’est la mer, c’est le vent, c’est les autres, c’est la fatalité, c’est la vie, c’est la météo, c’est tout sauf Gérard qui a balancé son bidon d’huile ou Kevin qui a perdu son filet. L’humain est un champion du monde pour foutre le bordel et un champion olympique pour dire que ce n’est pas lui.

Pendant ce temps, les services techniques arrivent comme une équipe de secours envoyée pour ramasser ce que la civilisation a déféqué. Ils ramassent, ils trient, ils nettoient, ils remettent un semblant d’ordre dans ce foutoir marin. On dirait des infirmiers qui soignent une planète qui n’a rien demandé, une planète qui voudrait juste qu’on arrête de lui coller des déchets dans les bronches. Mais l’humain continue, imperturbable, sûr de son droit divin à transformer chaque lieu en poubelle décorative.

La mer vomissant la merde humaine

La mer, elle, commence à en avoir plein les vagues. Ce tas d’immondices qu’elle recrache, c’est son éditorial, son billet d’humeur, son message clair. Elle dit voilà ce que vous êtes, voilà ce que vous me donnez, voilà ce que je vous rends. Si elle pouvait écrire, elle dirait probablement que les mouettes sont plus propres que nous et qu’elle préférerait encore avaler des algues toxiques plutôt que nos inventions en plastique.

Alors on regarde ce tas de merde échoué sur la plage et on comprend que ce n’est pas juste un tas de déchets. C’est un portrait. C’est nous. C’est notre autoportrait involontaire, notre signature, notre chef‑d’œuvre involontaire. La mer respire, soupire, avance, recule, et finit toujours par nous renvoyer ce qu’on lui donne. Et ce qu’on lui donne, c’est rarement des fleurs.

Cachons la merde que nous à vomie la mer

 

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