Casse du Louvre : polémique sur le plateau de BFMTV

 C'était hier...

C’est donc ça, le grand journalisme français, celui qui se regarde le nombril en direct avec des spots de dentifrice entre deux catastrophes. Dimanche matin, BFMTV a réussi l’exploit de transformer un casse au Louvre en foire aux monstres, en invitant un ancien braqueur recyclé en figurant de série Z pour “analyser” le boulot des collègues. On n’arrête pas le progrès, surtout quand il dégringole. 

 

Le principe est simple et magnifique comme une poubelle qui brûle : pour parler d’un vol, on invite un voleur. À ce rythme-là, on attend le pédophile pour commenter la rentrée scolaire et le cannibale pour tester les cantines. Au moins, on aura des avis tranchés.

Le plateau ressemblait à un casting raté de film de truands : un perceur de coffres qui sent encore la lime, un hacker repenti qui doit surtout regretter de ne plus rien pirater, un faussaire devenu décorateur parce qu’il fallait bien manger, et un chroniqueur people posé là comme un mégot oublié. Le tout entre deux pubs pour assurances obsèques et un sujet brûlant sur le prix du kebab, parce que la dignité a ses limites mais la grille des programmes, jamais.

Cerise sur le cadavre, un des invités avait ramené un plan du Louvre. Tranquille. Comme si c’était une recette de cuisine. Confisqué avant le direct, dommage, on aurait pu faire un atelier pratique avec démonstration.

Évidemment, carton plein. Presque cinq millions de téléspectateurs scotchés devant leur écran, fascinés par ces experts du cambriolage qui parlent de leur passion avec des étoiles dans les yeux. Sur les réseaux, on applaudit le “courage”. Le courage de quoi, exactement, de laisser les loups expliquer comment ouvrir la bergerie ?

Un type a même lâché, sourire en coin, qu’il aurait pris à droite pour les bijoux. Là, on ne sait plus si on regarde une émission ou un repérage en direct. Peut-être les deux, après tout, il faut rentabiliser.

L’Arcom a promis d’“évaluer”. Traduction : regarder ça de loin en espérant que ça ne leur explose pas trop vite à la figure. Pendant ce temps, BFMTV bombe le torse. Le rédacteur en chef explique, très sérieux, qu’on parle de guerre avec des généraux et de foot avec des joueurs, alors pourquoi pas de braquage avec des braqueurs. Raisonnement parfait, la prochaine étape c’est inviter la balle pour commenter le tir.

La concurrence, évidemment, salive déjà. On murmure qu’une émission sur l’art de planquer un cadavre serait en préparation ailleurs, avec des invités triés sur le volet, si possible encore en liberté conditionnelle. TF1 réfléchirait à une version de cuisine où il faut éviter la BAC entre deux sauces. On appelle ça de l’innovation.

Au Louvre, on fait semblant de ne pas pleurer. On parle d’objets mineurs, histoire de ne pas trop passer pour des clowns. Un vase, une lampe, un truc sans importance. Et un petit mot des voleurs, poli comme tout, qui promettent de revenir pour la Joconde. Le service après-vente du crime, ça aussi c’est moderne.

La police cherche des témoins pendant que la télé cherche des invités. Et tout le monde avance main dans la main vers ce nouveau monde merveilleux où l’information devient un cirque et les clowns tiennent le micro.

Demain, on aura le pyromane spécialiste du feu, le fraudeur fiscal expert en impôts et le pickpocket consultant en économie locale. Et tout le monde trouvera ça normal, parce que plus c’est énorme, plus ça passe, surtout quand c’est servi à l’heure du dîner.

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