La République aux Néonicotinoïdes

Quand les lobbys agricoles et les labos prennent la place de l’État, on n’a plus une République, on a un cirque romain où les lions ont été remplacés par des sénateurs ventripotents et les gladiateurs par des valises de billets. Quelques enveloppes glissées dans les poches, un clin d’œil de notaire qui sent la combine, et hop, le pays se transforme en musée de la corruption. On pourrait faire payer l’entrée, tellement c’est bien organisé.


Parmi les élus, il y a des médecins. Des gens censés connaître le corps humain autrement que par les soirées mousse du Rotary Club. Et pourtant, les voilà en train de voter des lois qui transforment les citoyens en cobayes de laboratoire. Ce sont des semeurs de mort, des croque‑mitaines en blouse blanche, des fossoyeurs diplômés qui signent des dérogations comme on tamponne des certificats de décès. Quand on s’assoit sur l’écologie, la santé et le bien‑être du peuple pour faire plaisir à trois lobbystes agricoles qui sentent la betterave fermentée, il n’y a plus de limite. La porte est grande ouverte aux destructeurs de monde, et ils entrent en fanfare, la braguette ouverte, prêts à repeindre la planète avec leurs produits miracles.

Pour comprendre comment cette loi a atterri sur la table de la cuisine de l’État, il faut regarder les auteurs. Deux champions du monde de la botte en caoutchouc, deux princes du fumier législatif, deux habitués des syndicats agricoles où l’on discute pesticides comme d’autres discutent recettes de cuisine. Ils ne sont pas là pour votre santé, mais pour leur crémerie, leurs copains, et leurs rêves humides de dérogations toxiques. On les a portés aux nues comme on porte un cochon au concours agricole, avec la même fierté et la même odeur.

Quand les lobbys s’invitent au Sénat, ils ne viennent pas pour débattre. Ils viennent pour imposer leurs désirs, leurs petites envies de produits interdits, leurs fantasmes de monoculture immortelle. Ils arrivent avec leurs bottes crottées, leurs dossiers parfumés au glyphosate, et leur sourire de vendeur de tracteurs qui sait qu’il va repartir avec la caisse.

Et voilà que revient sur la table le sujet inflammable des néonicotinoïdes. Ces saloperies qu’on croyait enterrées reviennent comme un zombie agricole, un an après une loi censurée. Les élus reviennent à la charge avec une mesure permettant de réintroduire deux insecticides interdits ici mais autorisés ailleurs. Comme si la toxicité changeait de nationalité en traversant la frontière. Pour faire propre, ils ont retravaillé les dérogations. Limitées dans le temps, soumises à l’avis d’une agence sanitaire, restreintes à quelques filières. On dirait un maquillage sur un cadavre.

Le gouvernement, lui, a peur que ce débat abrasif fasse exploser l’adoption de la loi d’urgence agricole. On dirait un pompier qui tente d’éteindre un incendie avec un seau d’eau croupie. Et pendant qu’on y est, un autre article veut interdire l’importation de denrées comportant des résidus de pesticides interdits. Une idée logique, mais dans ce cirque, la logique est souvent attachée à un poteau, bâillonnée avec un chiffon imbibé de produits phytosanitaires.

Conclusion : Quand les lobbys écrivent les lois, les citoyens bouffent la soupe aromatisée à la mort lente.



Source : 20 Minutes 

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